Commandez le « Rapport sur les riches en France »                               X Fermer
Bouton menu

Contre les inégalités, l’information est une arme

Bouton soutenir
Revenus, patrimoine, pauvreté

Les inégalités de niveau de vie repartent à la hausse

Données 9 septembre 2020 https://www.inegalites.fr/evol-inegalites-long - Reproduction interdite

Alors que la période 2013-2017 avait été marquée par une relative stabilité, les inégalités de revenus recommencent à s’accroître. Un phénomène à replacer dans une analyse de long terme. Notre synthèse sur l’évolution des inégalités de revenus.

Revenus et patrimoine Niveaux de vie

Après cinq ans de stabilisation, les inégalités de niveau de vie repartent à la hausse. 2011-2012 avait marqué un sommet. Les années qui ont suivi la crise de 2008 ont en effet vu les plus riches continuer de s’enrichir et les plus modestes s’appauvrir. Ensuite, entre 2013 et 2017, ces écarts se sont stabilisés. Mais tous les indicateurs d’inégalités de revenus sont plus élevés en 2018 que dix ans plus tôt.

La tendance repart à la hausse avec les données 2018 (derniers chiffres disponibles de l’Insee) sous l’effet, d’une part de mesures fiscales qui ont favorisé les plus aisés et d’autre part, de mesures sociales qui ont appauvri les plus démunis. Ces chiffres sont d’autant plus inquiétants que la crise économique, liée à la crise sanitaire de 2020, risque de frapper durement les plus modestes. Si elles continuent de progresser, les inégalités de revenus risquent de revenir au niveau de la fin des années 1970. Voyons ce qu’en disent les principaux instruments de mesure.

Au vu du « rapport interdécile » (le niveau de vie minimum des 10 % les plus riches divisé par le niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres) [1], on a assisté à une baisse très nette des inégalités de revenus dans les années 1970, puis à une stabilisation à partir des années 1980. En 1970, les 10 % les plus riches avaient un niveau de vie minimum 4,6 fois plus élevé que les 10 % les plus pauvres. En 2018, ce rapport est de 3,5. Un niveau inférieur au pic de 2011, mais parmi les plus élevés enregistrés depuis 40 ans.

Revenus après impôts directs et prestations sociales.
Lecture : en 2018, le niveau de vie minimum des 10 % les plus riches est 3,5 fois supérieur au niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Le rapport interdécile est un indicateur imparfait car il ne prend pas en compte l’évolution de ce que touchent les très riches, ceux situés très au-dessus du seuil d’entrée dans les 10 % les plus aisés [2]. Pour mesurer les inégalités sur l’ensemble de l’échelle des niveaux de vie, on peut utiliser « l’indice de Gini » qui compare la répartition des revenus dans toute la population à une situation d’égalité théorique. Plus il est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité. Plus il tend vers un, plus l’inégalité est forte.

Ce Gini nous raconte une histoire plus nuancée. Il diminue jusqu’au début des années 1990, se stabilise ensuite, puis augmente dès 1999. À cette période, les revenus des plus favorisés progressent rapidement. Ils profitent d’importantes baisses d’impôts décidées dans un contexte de forte croissance économique. On assiste alors à un tournant dans l’histoire des inégalités de niveau de vie en France, qui se remettent à augmenter fortement. Le Gini atteint un pic en 2011 (0,305), puis diminue jusqu’en 2013 (0,288) sous l’effet principalement d’une augmentation des impôts pour les plus aisés. Après cinq années d’accalmie, l’indice de Gini remonte à 0,298 en 2018.

Lecture : en 2018, l'indice de Gini des niveaux de vie, après impôts et prestations sociales, est de 0,298 en France.
Source : Insee - © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Ces tendances sont confirmées par un autre indicateur d’inégalités, moins connu, mais plus facile à comprendre : le « ratio de Palma ». Celui-ci rapporte la masse des revenus perçus par les 10 % les plus riches à celle que reçoit l’ensemble des 40 % les plus pauvres. En zoomant sur les vingt dernières années, on observe que les 10 % les plus riches percevaient en 1998 la même masse de revenus que l’ensemble des 40 % les plus pauvres – alors que ces derniers sont quatre fois plus nombreux. Le ratio de Palma était alors de 1. La part captée par les plus riches dans l’ensemble des revenus a progressé significativement, pour atteindre un sommet à 1,16 en 2011. Entre 2013 et 2017, le ratio est redescendu autour de 1,05. Il atteint 1,12 en 2018, soit trois points de plus que dix ans plus tôt.

Niveau de vie après impôts et prestations sociales. Lecture : en 2018, les 10 % les plus aisés perçoivent une masse de revenus 1,12 fois plus grande que l'ensemble des 40 % les plus modestes, alors qu'ils sont quatre fois moins nombreux.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Observées à travers ces trois indicateurs, les inégalités de niveau de vie n’explosent pas dans notre pays mais la tendance historique à la baisse s’est retournée. Tout au long des années 1970 à 1990, les revenus des pauvres et des riches avaient tendance à se rapprocher. À la fin des années 1990, les écarts entament quinze années de hausse pour culminer en 2011-2012. Les hiérarchies se renforcent. Et malgré la protection que procure notre modèle social, les phases de crise économique affectent d’abord les plus modestes.

Les écarts se creusent

Ce changement historique est très nettement sous-estimé. On le comprend mieux si on ausculte de façon encore plus précise les vingt dernières années, avec un nouvel indicateur : le rapport entre ce que touchent en moyenne les 10 % les plus favorisés et les 10 % les plus pauvres, et non plus celui entre la limite de ces tranches (avec le rapport interdécile, on comparait le plus riche des pauvres au moins riche des riches). Entre 1996 et 2004, cet indicateur reste assez stable : les plus riches touchent environ 6,5 fois plus que les plus modestes. Il bondit entre 2004 et 2011 pour atteindre un sommet à 7,5. Entre 2013 et 2017, le chiffre s’était semblait stabilisé autour de 6,8, mais il repasse la barre des 7 en 2018.

Après impôts et prestations sociales. Pour une personne seule.
Lecture : en 2018, le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches est 7,1 fois plus élevé que le revenu moyen des 10 % les plus pauvres.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

On saisit encore mal l’ampleur du phénomène tant qu’on en reste à ce type de rapport. Au quotidien, on ne se compare pas de façon relative (en divisant les revenus des uns par ceux des autres) : on observe combien les autres gagnent en plus, en euros (en faisant une soustraction). À l’Observatoire des inégalités, nous mesurons donc l’écart entre ce que touchent le dixième le plus favorisé et le moins favorisé. En 2018, les 10 % les plus riches perçoivent en moyenne 61 100 euros par an, les 10 % les plus pauvres 8 600 euros. Une différence de 52 500 euros annuels, équivalente à un peu plus de 3,5 années de travail payées au smic. L’écart a grimpé de 43 140 euros annuels en 1998 à 54 000 euros en 2011. Après être redescendu à 48 550 en 2013, il remonte à 52 500 en 2018. En vingt ans (entre 1998 et 2018), les niveaux de vie annuels – impôts, prestations et inflation pris en compte – se sont écartés de 9 400 euros. On comprend mieux ainsi les tensions sociales qui se font jour.

Après impôts et prestations sociales. Pour une personne seule. Données recalculées pour tenir compte des ruptures de série de 2010 et 2012.
Lecture : en 2018, le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches est supérieur de 52 510 euros au revenu moyen des 10 % les plus pauvres.
Source : calculs de l'Observatoire des inégalités d'après l'Insee – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Une nouvelle phase de hausse des inégalités de revenus ?

Nos données s’arrêtent en 2018 et s’achèvent avec une remontée des inégalités de revenus. Annoncent-elles le début d’une nouvelle période d’aggravation des écarts ?

En bas de l’échelle des revenus, les augmentations récentes du minimum vieillesse et de l’allocation adulte handicapé vont dans le bon sens pour les plus modestes. En 2020, ces minima sont probablement supérieurs au seuil de pauvreté de 50 % du niveau de vie médian. La hausse de la prime d’activité début 2019 a amélioré le niveau de vie des salariés les plus modestes. En revanche, les baisses d’allocations logement et la suppression de très nombreux contrats aidés ont lourdement pesé sur les revenus des plus pauvres.

Surtout, la baisse du chômage enregistrée depuis 2015 connaît un coup d’arrêt avec le confinement et la récession de 2020. La période s’annonce extrêmement difficile, tout particulièrement pour les jeunes peu qualifiés, qui vont peiner encore davantage à accéder à des revenus réguliers, d’autant que les jeunes de moins de 25 ans constituent le point faible de la protection sociale.

En haut de l’échelle, on mesure en 2018 l’impact des importantes diminutions d’impôts accordées aux plus aisés à l’automne 2017, en particulier le changement de mode d’imposition des revenus du patrimoine. Ils devraient encore bénéficier de mesures favorables avec la suppression complète de la taxe d’habitation. Mais le krach boursier de mars dernier et la baisse d’activité économique devrait aussi avoir un impact sur les revenus financiers des plus riches. Quoi qu’il en soit, l’effet est sans commune mesure avec ce qui se joue pour les plus pauvres.

10 % un jour, 10 % toujours ?
Pour comprendre la mesure des inégalités de revenus, il faut garder en tête que l’on compare des populations qui changent de position dans la hiérarchie des revenus. Les individus qui appartiennent aux 10 % les plus riches (ou des plus pauvres) ne sont plus forcément les mêmes d’une année sur l’autre : une partie s’est appauvrie (ou enrichie), certains sont décédés, ont quitté le territoire ou y sont entrés. Selon une étude de l’Insee, environ 15 % des 10 % les plus riches de 2013 ne l’étaient plus en 2014 [3]. Pour les 10 % les plus pauvres, cette proportion est de 20 %. On n’observe pas l’évolution des 10 % de la population dans le temps, mais on compare le niveau de vie du groupe des 10 % à un moment donné par rapport à un autre. En toute rigueur, on ne devrait pas dire « les 10 % les plus riches se sont enrichis » mais « le niveau de vie des 10 % les plus riches a augmenté ».

Photo / © Gina Sanders - Fotolia


[1Soit les neuvième et premier déciles. Ce rapport est calculé une fois les impôts directs retirés et les prestations sociales ajoutées, pour une personne seule.

[3Voir « Les très hauts revenus en 2015 », Marie-Cécile Cazenave-Lacrouts, in Les revenus et le patrimoine des ménages, éd. 2018, Insee, juin 2018.


Date de première rédaction le 10 septembre 2019.
© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Affiner
Revenus, patrimoine, pauvreté


Autres thèmes

> Emploi > Éducation > Lien social et politique > Conditions de vie > Catégories sociales > Âges et générations > Femmes et hommes > Europe > Français et étrangers > Territoires > Monde

Sur le même sujet

Analyses 09/10/2020
Le modèle social français réduit nettement la pauvreté et les inégalités
Données 06/10/2020
De plus en plus de grandes fortunes en France
Points de vue 02/10/2020
Il est urgent d’ouvrir le revenu minimum aux jeunes
Points de vue 22/09/2020
Le bonus aux héritiers de La République en marche : une gifle pour la France populaire
Données 11/09/2020
À quels niveaux se situent les seuils de pauvreté en France ?
L’essentiel 10/09/2020
L’essentiel des inégalités de revenus : quels chiffres retenir ?
Points de vue 09/09/2020
Pauvreté et inégalités, le retour
Données 09/09/2020
La pauvreté augmente à nouveau en France
Données 09/09/2020
Les inégalités de niveau de vie repartent à la hausse
Analyses 08/09/2020
Combien compte-t-on de personnes sans domicile fixe en France ?