Bouton menu

Contre les inégalités, l’information est une arme

Bouton soutenir
Conditions de vie

Quatre millions de mal-logés : de quoi parle-t-on ?

Données 22 avril 2021 https://www.inegalites.fr/Quatre-millions-de-mal-loges-de-quoi-parle-t-on - Reproduction interdite

Quatre millions de personnes sont considérées comme mal logées par la Fondation Abbé Pierre. 835 000 n’ont pas de domicile personnel, 91 000 vivent dans une habitation de fortune toute l’année. Article extrait du Centre d’observation de la société.

Conditions de vie Logement

Quatre millions de personnes sont mal logées en France, selon le rapport 2021 de la Fondation Abbé Pierre [1]. Du sans domicile fixe au jeune contraint de revenir chez ses parents, en passant par le couple qui vit avec son enfant dans un studio, ce chiffre rassemble des populations logées de manières très différentes. Pour essayer de mieux comprendre cette réalité, nous avons détaillé trois grandes formes de mal-logement : l’habitat inconfortable, le manque d’espace et l’absence de logement à soi.

La première forme de mal-logement est l’habitat dégradé : 2,4 millions de personnes sont concernées. D’abord, les 91 000 personnes qui vivent dans des habitats de fortune. S’y ajoutent 208 000 gens du voyage qui ne disposent pas d’aire aménagée, vivant très souvent dans des conditions particulièrement dures. À ces très mal-logés, il faut ajouter les 2,1 millions de personnes vivant dans un logement inconfortable [2].

La deuxième forme de mal-logement est le manque d’espace : 934 000 personnes sont dans ce cas. Selon l’Insee, le peuplement normal d’un logement répond à la norme suivante : au moins une pièce pour le ménage (le séjour), plus une pour un couple (une chambre), plus une pour les célibataires de 19 ans et plus, et une supplémentaire pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de sept ans, sinon une chambre par enfant. Un logement qui ne répond pas à ce minimum est dit « surpeuplé ». Le surpeuplement est « accentué » s’il manque deux pièces ou plus par rapport à la norme de peuplement de l’Insee. C’est le critère retenu dans le décompte de la Fondation Abbé Pierre.

Enfin, la troisième forme de mal-logement est de ne pas disposer de logement à soi : 835 000 personnes sont concernées. 143 000 personnes n’ont pas de domicile selon les recensements effectués par l’Insee dans les centres d’hébergement, mais qui datent de 2012 [3]. Parmi elles, la majorité est logée de façon très précaire (logement ou hôtel) et un peu moins de 11 000 personnes sont sans abri (celles que l’on nomme le plus souvent les SDF) et dorment dans des caves, des halls d’immeuble ou sous les ponts. Non seulement elles n’ont pas de domicile mais, surtout, puisqu’elles vivent dans les conditions les plus indignes, elles auraient bien entendu pu être comptabilisées dans la première forme de mal-logement. Par ailleurs, 25 000 personnes vivent en permanence à l’hôtel et 24 000 dans des foyers de demandeurs d’asile. Enfin, 643 000 personnes sont hébergées chez des tiers. Elles ne vivent pas nécessairement dans les conditions de logement les plus difficiles, mais sont contraintes de vivre chez autrui.

Des données imparfaites

Ces données constituent des ordres de grandeur. Les formes de mal-logement se conjuguent souvent. Ainsi, les personnes sans domicile personnel vivent la plupart du temps dans des logements de tiers peu confortables et exigus. Le caractère « inconfortable » du logement regroupe des situations sans commune mesure entre l’habitat totalement insalubre et le manque de confort (comme l’absence de cuisine). La Fondation Abbé Pierre déduit ainsi un peu plus de 200 000 « doubles comptes ». Ces chiffres sont aussi tirés de plusieurs sources, pour des années différentes, parfois de 2011, et principalement de 2013. Enfin, une partie des hébergés le sont de façon très temporaire et parfois dans de bonnes conditions. Il est donc discutable de les considérer comme mal logés et de les inclure dans le même ensemble que les sans domicile.

A contrario, ces chiffres ne mesurent pas tout. Une partie des sans-abri et des très mal-logés échappent aux statistiques. Les personnes qui vivent dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les foyers de travailleurs (souvent dans une seule chambre) et en prison ne sont pas comptabilisées. La norme de surpeuplement est établie en nombre de pièces et non en termes de superficie. Une personne seule vivant dans une minuscule pièce au rez-de-chaussée d’une route passante est considérée comme « bien logée ».

La situation du logement en France n’a plus grand-chose à voir avec celle que notre pays a pu connaître dans l’après-guerre. Mais la persistance d’un tel niveau de mal-logement est d’autant plus problématique que notre pays est parmi les plus riches au monde et que les conditions générales de logement ont globalement tendance à s’améliorer. Même s’il est encore trop tôt pour en mesurer l’impact, l’aggravation de la situation économique en 2020 et 2021 a de quoi susciter des inquiétudes, notamment pour les plus jeunes.

Personnes en situation de mal-logement

1- Habitat dégradé2 389 000
Logements inconfortables2 090 000
Gens du voyage subissant de mauvaises conditions d'habitat208 000
Habitats de fortune (cabane, camping, etc.)91 000
2- Logements exigus (1)934 000
3- Absence de domicile personnel835 000
Hébergement contraint chez un tiers643 000
Sans domicile (sans abri, en hébergement d'urgence, etc.)143 000
Résidence permanente à l'hôtel25 000
Foyers de migrants en attente de papiers24 000
Personnes comptées deux fois- 205 000
Total3 953 000
Lecture : parmi les 3 953 000 personnes mal logées, 2 090 000 vivent dans un logement inconfortable.
Source : Fondation Abbé Pierre, Rapport sur le mal-logement 2021 – Données d'enquêtes différentes, principalement de l'Insee (2013) – © Observatoire des inégalités

Article extrait du Centre d’observation de la société.

Photo / © Grafix132 - Fotolia


[1Voir « L’état du mal-logement en France 2021, rapport annuel #26 », Fondation Abbé Pierre, mars 2021.

[2Logement inconfortable : logement dans lequel manque au moins un élément de confort de base. Il n’y a pas d’eau courante, de WC intérieur, de coin cuisine, le chauffage est rudimentaire, ou bien la façade très dégradée.

[3Il faut noter que la Fondation Abbé Pierre a par ailleurs recensé 300 000 personnes « sans domicile » en 2020 : 183 000 en centre d’hébergement, 100 000 dans des lieux d’accueil pour demandeurs d’asile, 16 000 dans des bidonvilles et 27 000 sans-abri.


Date de première rédaction le 16 avril 2019.
© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Affiner
Conditions de vie


Autres thèmes

> Revenus, patrimoine, pauvreté > Emploi > Éducation > Lien social et politique > Catégories sociales > Âges et générations > Femmes et hommes > Europe > Français et étrangers > Territoires > Monde

Sur le même sujet

Analyses 02/06/2021
Crise sanitaire et inégalités : un premier bilan
Données 02/06/2021
Covid-19 : les personnes âgées lourdement frappées
Analyses 02/06/2021
Les conséquences inégales du confinement
L’essentiel 02/06/2021
Rapport 2021 : l’essentiel sur les inégalités de mode de vie
Données 17/05/2021
Le nombre de crimes et délits anti-LGBT en hausse par rapport à 2016
Données 17/05/2021
Dans 69 pays sur 193, l’homosexualité est interdite
Données 14/05/2021
Qui met de l’argent de côté et combien ?
Données 14/05/2021
Les budgets contraints des ménages modestes
Entretiens 04/05/2021
Mettre la question sociale au cœur des politiques écologiques
Données 04/05/2021
L’environnement dégradé des quartiers les plus pauvres