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Les trois quarts des élèves défavorisés étudient hors de l’éducation prioritaire

Analyses 13 octobre 2017

Près des trois quarts des élèves défavorisés n’étudient pas dans une école appartenant au réseau de l’éducation prioritaire. Ils ne bénéficient donc pas des mesures qui ne portent que sur ces réseaux. Extrait du Centre d’observation de la société.

Éducation Catégories sociales Territoires Origine sociale Éducation Éducation

Près des trois quarts des 3,2 millions d’élèves issus de milieux défavorisés [1] étudient dans des établissements qui ne sont pas intégrés aux réseaux dits « prioritaires » de l’éducation, selon les données du tableau de bord national publié par le ministère de l’Éducation nationale [2]. L’éducation prioritaire a pour objectif de compenser les difficultés économiques et sociales des habitants de certains quartiers en difficulté en attribuant davantage de moyens aux établissements scolaires qui s’y trouvent. Mais ces territoires ne rassemblent qu’une partie très minoritaire des populations défavorisées.

Cette situation résulte de deux phénomènes. Tout d’abord, dans les écoles et collèges de l’éducation prioritaire, la part des élèves issus de milieux défavorisés (respectivement 55 % et 57 %) est plus élevée qu’ailleurs, mais ces établissements accueillent aussi des jeunes de milieux favorisés. Inversement, les autres territoires comptent un tiers d’élèves défavorisés. La mixité sociale existe encore en France, même si certains quartiers restent beaucoup moins mixtes que d’autres. Ensuite, l’éducation prioritaire n’accueille qu’une toute petite minorité de l’ensemble des élèves de France, un sur cinq au total (18 % au primaire, 20 % au collège). Elle scolarise 1,6 million de jeunes, contre 6,9 millions pour le reste des établissements. Dans les établissements hors éducation prioritaire, la part d’élèves de milieux sociaux défavorisés est certes moins importante, mais globalement, ils en accueillent davantage. Même si l’éducation prioritaire scolarisait uniquement des élèves défavorisés, elle ne pourrait en accueillir que 1,6 million, moins de la moitié du total.

Au bout du compte, un quart des élèves défavorisés étudient dans des établissements de l’éducation prioritaire, soit 871 000. Heureusement : cela signifie qu’il existe encore de la mixité sociale en France, que des enfants de milieu modeste habitent dans des quartiers qui le sont moins. Cela veut aussi dire que les dispositifs de l’éducation prioritaire (comme le dédoublement des classes de CP), quoi qu’on pense de leurs effets [3], ne répondent en rien aux trois quarts des élèves issus de milieux défavorisés. Si l’on souhaite que les politiques publiques soutiennent ces jeunes qui n’ont pas les mêmes atouts que les autres en poche, il faut agir au-delà des établissements de l’éducation prioritaire. Cette dernière n’est qu’un moyen très incomplet pour lutter contre les inégalités sociales à l’école. Cette remarque est valable pour l’action territoriale (la politique des quartiers prioritaires) en général. Elle peut être utile localement, mais c’est un outil qui ne touche qu’une part réduite des milieux populaires.

Où étudient les élèves défavorisés ?
Éducation prioritaire
Hors éducation prioritaire
Effectif du primaire (en milliers)1 0524 818
Part d'élèves défavorisés55 %33 %
Nombre d'élèves défavorisés (en milliers)5791 590
Répartition des élèves défavorisés27 %73 %
Effectif des collèges (en milliers)5132 090
Part d'élèves défavorisés57 %36 %
Nombre d'élèves défavorisés (en milliers)292752
Répartition des élèves défavorisés28 %72 %
Effectif du primaire et des collèges (en milliers)1 5656 908
Nombre d'élèves défavorisés (en milliers)8712 342
Répartition des élèves défavorisés27 %73 %
Lecture : Les élèves défavorisés représentent 55 % des effectifs des écoles primaires de l'éducation prioritaire. L'éducation prioritaire concerne 27 % des élèves d'origine défavorisée en primaire.
Source : calculs du Centre d'observation de la société, d'après ministère de l'Éducation nationale, données 2014-2015.

Extrait du Centre d’observation de la société.

Photo / © Fotolia Chlorophylle


[1Les élèves défavorisés sont ceux pour qui la personne de référence (en général le père) est ouvrier, employé, sans activité ou chômeur n’ayant jamais travaillé.

[2« Éducation prioritaire. Tableau de bord national. Données 2014-2015 », ministère de l’éducation nationale, juin 2015.

[3Pour résumer : faute de moyens et de réforme de la pédagogie scolaire, ils restent faibles.


Date de première rédaction le 13 octobre 2017.
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