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Revenus, patrimoine, pauvreté

Les rémunérations démesurées des grands patrons

Données 7 septembre 2021 https://www.inegalites.fr/Les-remunerations-demesurees-des-grands-patrons - Reproduction interdite

Les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 680 et 1 700 années de smic par an. Et encore, sans tenir compte de tous leurs avantages, ni même des revenus qu’ils tirent de leur patrimoine.

Revenus et patrimoine Riches

Les cinq patrons les mieux payés en France parmi les 120 plus grandes entreprises cotées en Bourse touchent entre 680 et 1 700 années de smic par an, selon les données 2019 publiées par Proxinvest [1]. Leur rémunération débute à partir de 9,8 millions d’euros par an (l’équivalent de 680 années de smic) pour Jean-Paul Agon, le PDG de L’Oréal. Elle atteint un record de 24,7 millions d’euros pour Bernard Charlès (Dassault Systèmes). Il faudrait à un smicard travailler 1 709 années pour gagner autant.

Classement établi parmi les 120 plus grandes entreprises cotées à la Bourse de Paris. Rémunération annuelle : salaires fixes, variables et/ou exceptionnels, stock-options, actions gratuites. *Smic net annuel 2019 (14 450 euros).
Lecture : Bernard Charlès a reçu 24,7 millions d’euros de rémunération en 2019 de la part de son entreprise, Dassault Systèmes, soit 1 709 années de salaire d'un smicard.
Source : Proxinvest – Données 2019 – © Observatoire des inégalités

Graphique        Données

Les patrons d'entreprises françaises les mieux rémunérés
Société
Rémunération annuelle
en millions d'euros
En nombre d'années de smic*
Bernard CharlèsDassault Systèmes24,71 709
Douglas PferdehirtTechnipFMC13,7948
Daniel JulienTeleperformance13,2913
François-Henri PinaultKering11,1768
Jean-Paul AgonL'Oréal9,8678
Classement établi parmi les 120 plus grandes entreprises cotées à la Bourse de Paris. Rémunération annuelle : salaires fixes, variables et/ou exceptionnels, stock-options, actions gratuites. *Smic net annuel 2019 (14 450 euros).
Lecture : Bernard Charlès a reçu 24,7 millions d’euros de rémunération en 2019 de la part de son entreprise, Dassault Systèmes, soit 1 709 années de salaire d'un smicard.
Source : Proxinvest – Données 2019 – © Observatoire des inégalités

La rémunération d’un grand patron comprend généralement, en plus d’un salaire fixe, des primes, des avantages en nature, des jetons de présence [2] et des actions gratuites que son entreprise lui verse au titre de ses fonctions. En revanche, ces données ne prennent pas en compte les revenus qu’un grand patron tire de son patrimoine (par exemple les dividendes des actions qu’il détient dans l’entreprise qu’il dirige ou de ses autres placements personnels).

La rémunération moyenne des PDG des 120 plus grandes entreprises françaises est de 3,7 millions d’euros par an en 2019. En considérant seulement les quarante entreprises du CAC 40, elle est de 5,2 millions d’euros. Dans les autres pays d’Europe, les ordres de grandeur sont assez comparables à ceux que connaît la France [3]. Un grand patron touche en moyenne quatre millions d’euros en Grande-Bretagne et 7,5 millions en Allemagne. De même, au Japon, les dix patrons les mieux payés ont touché entre 8 et 23 millions d’euros environ en 2018, un niveau similaire aux salaires des dix patrons français les mieux payés. La rémunération des dirigeants de très grandes entreprises atteint des sommets aux États-Unis : dix grands patrons ont obtenu plus de 50 millions de dollars chacun, c’est-à-dire un peu plus de 40 millions d’euros.

Les rémunérations au titre de 2019 des PDG français que nous présentons ici ont été votées par les actionnaires en pleine crise de la Covid-19, au printemps 2020. Onze grands patrons ont annoncé avoir accepté des « efforts en période de crise » en baissant leur rémunération. Cela n’empêche pas le total des rémunérations des 120 plus grandes sociétés cotées à la Bourse de Paris de progresser de 2 % par rapport à l’année précédente.

Ces revenus demeurent bien supérieurs à ce que le talent, l’investissement personnel en heures de travail, la compétence, le niveau élevé de responsabilités ou la compétition internationale pourraient justifier. Ils résultent en grande partie d’un effet de cooptation : la rémunération des dirigeants est décidée par des personnes qui disposent elles-mêmes de revenus démesurés. Par ailleurs, contrairement aux salariés de base, ces dirigeants disposent de mécanismes de protection considérables en cas de départ forcé de l’entreprise résultant d’une mésentente avec les actionnaires, et même d’erreurs stratégiques ou économiques.

Qui décide des super-rémunérations des super-PDG ?
La rémunération du PDG est fixée par le conseil d’administration de l’entreprise. Le président-directeur général participe au vote aux côtés des administrateurs qui l’ont élu. En France, le cumul des mandats recule, mais un dirigeant sur deux des 120 plus grandes entreprises cotées en bourse est aussi administrateur d’une ou de deux autres sociétés. Les membres des conseils d’administration et les dirigeants fixent mutuellement leurs rémunérations. Depuis 2017, les actionnaires doivent approuver la rémunération du PDG en assemblée générale. Les patrons de certaines sociétés étrangères cotées à Paris y échappent parce qu’elles ne sont pas de nationalité française.

Photo / François-Henri Pinault, CC BY-SA Leafar


[1Proxinvest est un cabinet privé spécialisé dans le conseil aux actionnaires. Voir « La rémunération des dirigeants des sociétés cotées françaises. Données relatives à l’exercice 2019 publiées en 2020 », Proxinvest, novembre 2020.

[2Les jetons de présence sont les rémunérations aux présidents et aux membres des conseils d’administration chaque fois qu’ils assistent à leurs réunions.

[3Ces rémunérations moyennes par pays sont établies sur un nombre de grandes entreprises qui varie d’un pays à l’autre. Ces données ne sont donc pas totalement comparables et doivent être considérées comme des ordres de grandeur.


Date de première rédaction le 30 mars 2016.
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