La pauvreté selon le sexe
Les taux de pauvreté féminin et masculin sont quasiment identiques. On considère en effet qu’au sein d’un couple, les revenus du ménage sont partagés à égalité. Pour comprendre la précarité d’une partie des femmes, il faut s’intéresser à leurs ressources individuelles.
31 décembre 2020
https://www.inegalites.fr/La-pauvrete-selon-le-sexe - Reproduction interditeLe taux de pauvreté des femmes est quasiment identique à celui des hommes. 8,1 % des femmes sont démunies au seuil de 50 % du niveau de vie médian, contre 7,8 % des hommes, selon les données 2017 de l’Insee. Les femmes étant un peu plus nombreuses dans la population, on compte 2,6 millions de femmes et 2,4 millions d’hommes pauvres.
Que le taux de pauvreté des femmes soit très proche de celui des hommes, cela n’a rien d’étonnant pour qui sait comment sont établis ces chiffres. L’Insee mesure les revenus disponibles à l’échelle des ménages, et non pas sur la base du niveau de vie personnel des femmes d’un côté, des hommes de l’autre. Les personnes pauvres (hommes ou femmes) sont celles qui vivent dans des ménages dont l’ensemble des revenus est insuffisant. On considère que les membres d’un ménage partagent leurs ressources et disposent chacun du même niveau de vie, ce qui est très souvent le cas. Le fait que les femmes sont plus souvent au foyer ou à temps partiel que les hommes, et que leurs rémunérations sont en moyenne plus faibles, appauvrit donc – selon le statisticien – autant les femmes que leurs conjoints.
La pauvreté selon le sexe Seuil de pauvreté de 50 % du niveau de vie médian | |||
---|---|---|---|
Nombre de personnes pauvres en milliers | Taux de pauvreté en % | Part de la population pauvre en % | |
Femmes | 2 639 | 8,1 | 52,7 |
Hommes | 2 371 | 7,8 | 47,3 |
Ensemble | 5 010 | 8,0 | 100 |
Source : Insee – Données 2017 – © Observatoire des inégalités
Malgré tout, le taux de pauvreté des femmes est légèrement supérieur à celui des hommes. Cet écart reflète principalement le poids financier des enfants sur le niveau de vie des femmes à la tête d’une famille monoparentale. Elles sont en effet beaucoup plus nombreuses que les hommes à être dans cette situation. La pauvreté est également un peu plus élevée chez les femmes de plus de 75 ans que chez les hommes du même âge [1]. De nombreuses femmes âgées sont également veuves, du fait de l’espérance de vie inférieure des hommes particulièrement chez les plus démunis. Une part d’entre elles ont connu des périodes d’inactivité ou n’ont pas occupé d’emploi et elles perçoivent en conséquence une retraite faible, une mince pension de réversion [2] ou le minimum vieillesse, proche du seuil de pauvreté de 50 % du niveau de vie médian.
Pauvreté des ressources individuelles
Lorsque l’Insee s’intéresse – c’est très rare [3] – aux revenus individuels, l’institut prend en compte les revenus des femmes et des hommes séparément, plutôt que de considérer que les membres du couple partagent un même niveau de vie. Cela permet de comparer les revenus tirés du travail selon le sexe, avant le versement des prestations sociales (minima sociaux, allocations familiales, etc.), mais en incluant les indemnités chômage ou les pensions de retraite.
Revenus individuels du travail selon le sexe et l'activité | |||
---|---|---|---|
Femmes en euros | Hommes en euros | Écart femmes/hommes en % | |
Actifs | |||
Seuil des revenus les 10 % les plus bas | 323 | 479 | - 33 |
Seuil des revenus les 30 % les plus bas | 1 081 | 1 383 | - 22 |
Retraités | |||
Seuil des revenus les 10 % les plus bas | 396 | 884 | - 55 |
Seuil des revenus les 30 % les plus bas | 858 | 1 316 | -35 |
Source : Insee – Données 2015 – © Observatoire des inégalités
Ces données – datées de 2015 – montrent que les écarts entre les femmes et les hommes sont plus importants chez les pauvres et chez les riches qu’au milieu de l’échelle. Si l’on ne considère que les actifs, les femmes touchent un tiers de moins que les hommes aussi bien au sein du dixième le plus pauvre que chez les 5 % les plus riches. Tout en bas, l’écart résulte notamment du temps partiel et du développement de l’emploi féminin peu qualifié et, en haut, des écarts salariaux entre femmes et hommes qui s’accroissent quand on s’élève dans la hiérarchie des professions.
Chez les retraités, les écarts de revenus individuels entre les femmes et les hommes sont encore plus grands. Les 10 % des femmes aux pensions les plus modestes ont des revenus personnels extrêmement faibles, inférieurs à 400 euros par mois avant prestations sociales, soit 55 % de moins que les 10 % des hommes retraités aux revenus les plus bas. Près d’une femme retraitée sur trois touche personnellement moins de 858 euros par mois. Un peu moins de 10 % des hommes retraités sont dans ce cas. Cet écart reflète à la fois les écarts de salaires entre les femmes et les hommes, l’effet du temps partiel et celui des carrières moins souvent complètes chez les femmes. À la retraite, les femmes paient cher ces inégalités dans le monde du travail.
On pourrait distinguer deux formes de pauvreté : d’un côté, la pauvreté des niveaux de vie réels, ce avec quoi un ménage vit concrètement et qui détermine ses conditions de vie ; de l’autre, la pauvreté des ressources individuelles, en prenant alors en compte les revenus propres de la personne : non pas ce avec quoi vivent vraiment les personnes mais ce qui leur revient individuellement. Cette deuxième mesure représente ce qui reste aux individus quand le couple se sépare, avant prestations sociales, et donne un indicateur de l’autonomie économique des personnes, et notamment des femmes.
Photo / © Angèle Schmidt
[1] 3,4 % des femmes de plus de 75 ans vivaient sous le seuil de pauvreté de 50 % du niveau de vie médian en 2015, contre 2,2 % des hommes.
[2] Montant versé au titre de l’activité de leur mari décédé.
[3] Voir « Niveau de vie et pauvreté des femmes et des hommes », in Les revenus et le patrimoine des ménages, édition 2018, coll. Insee Références, Insee, juin 2018.
© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)